• Cuivre et soufre : notre juste mesure dans les vignes du Pallet

    14 février 2026

Pourquoi le cuivre et le soufre sont-ils encore indétrônables dans nos vignes ?

Dans nos rangs de Melon de Bourgogne, d’un bout à l’autre du Pallet, le cuivre et le soufre ont toujours la cote. Pas parce qu’on aime les vieux remèdes ou qu’on s’accroche au passé par obstination : simplement parce qu’aucun autre produit, pour le moment, n’a autant prouvé sa fiabilité contre les deux grandes menaces qui planent toujours dès mai : le mildiou pour le cuivre, l’oïdium pour le soufre.

Pour mémoire :

  • Le cuivre, découvert comme fongicide dès la “bouillie bordelaise” (fin XIXe, Bordeaux), stoppe le mildiou, ce champignon qui transforme vite une belle feuille en torchon noir. Son action est de contact : il bloque le champignon sur les surfaces traitées.
  • Le soufre, presque aussi vieux, est l’ennemi naturel de l’oïdium, ce feutrage blanc qui assèche la grappe. Egalement de contact, il agit par vaporisation, et “brûle” littéralement le champignon là où il se pose.
On ne fait pas plus classique. Mais au Pallet, tout le jeu consiste à doser, à raisonner l’usage, à observer comment nos terroirs encaissent ou tolèrent cette routine saisonnière.

Des sols mosaïques, des traitements sur-mesure

La commune du Pallet, c’est un patchwork de terroirs : grès, amphibolite, gabbro, sables parfois, argiles en contrebas. Chacun a ses humeurs face au cuivre et au soufre, et on n’a pas droit à l’erreur.

Type de sol Sensibilité au cuivre Particularité face au soufre
Grès Peu sensible (bonne absorption) Pas de particularité marquée
Gabbro Sensible (cuivre s'accumule peu) Favorise l’activité biologique, donc moins de phytotoxicité du soufre
Amphibolite Moyennement sensible Sol bien drainé, risque de lessivage du soufre
Argileuse Séquestration possible du cuivre Attention à la phytotoxicité en cas de chaleur

C’est un fait : le cuivre, accumulé sur sols lourds (argileux), devient moins disponible pour la plante et pour la vie microbienne. Sur sols légers, il part vite, donc il en faut plus souvent. Mais chaque passage, c’est une question :

  • Le cuivre stagne-t-il ? (On surveille, analyses à l’appui, CF : IFV Pays de la Loire, 2023)
  • Le soufre risque-t-il de “griller” nos feuilles en période chaude ? (Oui, surtout au-dessus de 28°C, voir application Agreste, Ministère de l’Agriculture)

Cuivre : quels chiffres, quelles limites ?

Depuis 2019, l’Europe impose 4 kg/ha/an en moyenne glissante sur 7 ans (Source : Commission européenne). La France, plus stricte, pousse à rester sous les 3 kg/ha/an pour anticiper de nouvelles baisses.

Dans le secteur du Pallet :

  • Moyenne sur exploitations conventionnelles : 2,5 à 3 kg/ha/an (Source : DRAAF Pays de la Loire, enquête 2022)
  • En bio : on flirte avec les 3 kg, mais certains tirent à 1,8-2,2 kg grâce aux outils d’aide à la décision et la surveillance météo (exemple : station météo agroweather, modèle Mildeye IFV)
Chaque orage d’été relance le stress : refaire un passage ? Oui, parfois, mais c’est le cumul, et la météo, qui dictent plus que nos envies.

Soufre : la lutte avec le soleil et la rosée

Le soufre, on l’épand surtout en poudrage, parfois en mouillable. Toujours contre l’oïdium. Mais il a son lot de spécificités :

  • Dose classique : 3 à 8 kg/ha par apport, 3-5 passages/an. (Référence IFV Loire)
  • Au-delà de 28°C : seuil de brûlure sur grappes sensibles, surtout les petits cépages des talus sud.
  • Le soufre mouillable est privilégié si on cherche moins d’impact sur les flores utiles (ex : débourbage avant floraison).
Comme le cuivre, le soufre craint le lessivage. Mais sa toxicité sur la vie du sol est très faible, comparée au cuivre (source : rapport INRAE, 2018). Il faut surtout surveiller son passage face à la météo capricieuse du vignoble nantais : une matinée venteuse, un poudrage part à l’ouest...

Observer, adapter : le quotidien sur le terrain

Ce qu’on ne dit pas souvent, c’est que notre boulot, c’est d’abord la vigilance. Aucun calendrier figé, et pas plus de recette magique : chaque année, chaque parcelle a son lot d’imprévisibles. Nos outils ? Un carnet, des bottes, et plus d’une bouche à oreille.

Ce qu’on observe avant d’attraper le pulvérisateur :

  • La couleur du ciel : le timing, c’est le nerf de la guerre. On n’épand pas si la pluie est annoncée moins de 3h après, sinon c’est un passage “dans le vent”.
  • L’humidité nocturne, la rosée sur la feuille : favorise la germination du mildiou et active le soufre contre l’oïdium.
  • La croissance de la vigne : jeunes feuilles plus tendres, donc plus vulnérables, mais aussi plus difficiles à protéger complètement.
  • L’état du sol : sec sur gabbro au printemps, gras sur argiles en bas des coteaux après une pluie de juin.

Chacun adapte ses méthodes. Certains investissent dans la pulvérisation “bas volume” : 40 à 80 L/ha seulement sur les jeunes rameaux (au lieu de 200-400 L/ha pour les traitements classiques). Moins de produit, moins de tassement, mais demande plus de précision.

Recycler le cuivre ? Réduction à l’horizon

La pression réglementaire, personne n’y échappe. Dans le Pallet, on teste : enherbement sur les lignes (10-15 % des surfaces, chiffres Agrobio 44), bande enherbée sur le rang pour limiter le ruissellement du cuivre, essais de biocontrôle (

rameaux d’osier ou infusions d’ortie… parfois plus symbolique qu’efficace, mais le test fait parler et évoluer).

Certains collègues expérimentent aussi les pulvérisateurs à récupération, qui économisent jusqu’à 30 % de produit dans les zones à forte pente (Source : Axema).

Même logique côté soufre, mais moins de pression : il ne s’accumule pas, mais augmente tout de même le risque de résistance des champignons s’il est mal dosé ou appliqué trop fréquemment.

Combiner et innover : quelles autres pistes dans le Pallet ?

Le cuivre et le soufre restent incontournables, mais on ne fait pas l’autruche : depuis 5 ans, plusieurs initiatives nouvelles se dessinent dans nos rangs :

  • Bons de réduction de dose : Utilisation d’argile kaolinite en mélange pour “emballer” la feuille, et ainsi réduire la fréquence de traitement cuivre (expérimenté avec le réseau DEPHY Ecophyto – Chambres d’Agriculture 44).
  • Biocontrôle : Utilisation du bicarbonate de potassium contre l’oïdium (voire certaines souches de Trichoderma en essais contre le mildiou ; source : INRAE Angers, 2023).
  • Traitements de précision : Drones ou capteurs embarqués : une dizaine de voisins sur le secteur Nantes-Sèvre testent pour ajuster mètre par mètre en fonction de la densité de feuillage et du relief.
Pas de recette miracle pour l’instant : les essais avancent, les retours de terrain sont scrutés. Mais c’est déjà tout un état d’esprit qui bouge, surtout chez ceux qui sont revenus sur des erreurs passées (trop d’automatismes, pas assez de réflexion à la parcelle).

Ce que nous enseignent nos rangs : l’art du compromis

Hier, la vigne se traitait “au calendrier”. Aujourd’hui, c’est un jeu de funambule. On marche sur un fil : préserver la qualité sanitaire, doser le cuivre pour ne pas gripper la vie du sol, choisir le bon créneau pour le soufre sans “griller” la parcelle.

Au Pallet, ça se traduit par :

  • Des analyses récurrentes des sols sur les parcelles en cuvette, celles où le cuivre s’accumule (voir Observatoire des terroirs du vignoble Nantais, 2022)
  • Une veille météo partagée (groupes WhatsApp locaux, outils collaboratifs non officiels, presque aussi précieux qu’une lampe de poche en vendanges nocturnes !)
  • Des rendements parfois moindres (on préfère une vendange propre à une perte de qualité par excès de traitement, chiffres “Qualivigne” : jusqu'à 10 % de rendement laissé au champ les années orageuses vs 5 % au national en 2021)
  • Des changements de pratiques parfois radicaux, comme l’abandon du cuivre total sur une micro-parcelle, juste pour voir… et apprendre

Et demain ? Les questions qu’on se pose tous

Rien n’est jamais acquis dans la vigne. Le cuivre et le soufre, on les tient sous surveillance, et chaque année redessine nos limites. Peut-être qu’un jour ils seront dépassés par une innovation ou que les attentes sociétales nous forceront encore à baisser les doses. Mais au Pallet, une chose est sûre : c’est à la parcelle, patiemment, collectivement, qu’on continue d’adapter notre façon de traiter. Pas par dogme, juste par attachement à notre sol et par respect pour la vie qu’il abrite.

Pour aller plus loin :

  • IFV Pays de la Loire : Données et préconisations sur cuivre et soufre (2023)
  • Observatoire du cuivre, Agence de l’Eau Loire-Bretagne, rapport 2022
  • Ministère de l’Agriculture : Guide des Bonnes Pratiques Phytosanitaires Vigne, édition 2023
  • INRAE Angers : Revue Environnement & Techniques viticoles, 2023

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