Pourquoi un vigneron du Pallet bascule vers le biocontrôle
Certains croient qu’on fait le choix du biocontrôle juste pour se donner bonne conscience ou répondre à la pression des consommateurs et des voisins de rangée. En réalité, les raisons sont multiples, bien ancrées dans la vie du vignoble.
Préserver la santé des sols – et des hommes
Depuis vingt ans, nombre d’entre nous avons vu les effets à long terme des produits chimiques sur la vie microbienne de la terre. Un sol trop « nettoyé », c’est un sol appauvri, plus fragile face aux aléas.
- Un sol vivant – riche en vers de terre et en micro-organismes – stocke mieux l’eau et permet une meilleure alimentation de la vigne, ce qui se ressent dans le fruit.
- D’après l’INRAE, l’utilisation régulière de certaines solutions de biocontrôle (comme les extraits de plante ou les bactéries PGPR) fait grimper l’activité microbienne du sol de 15 à 30 % en trois ans d’essai.
Contrairement aux produits chimiques classiques, les agents de biocontrôle ne laissent pas de résidus nocifs, ni dans le sol ni dans l’air, ni sur nos mains. Cela protège autant la qualité des raisins que la santé de ceux qui travaillent la vigne – ce n’est pas anodin pour qui a connu l’odeur entêtante des pulvés d’antan.
Des ravageurs qui résistent, une météo qui change : réagir autrement
Ici au Pallet, comme partout, on a eu notre lot de mildiou explosif, d’oïdium à la faveur des étés chauds, de cicadelles et de vers de la grappe. Les cycles des maladies sont de plus en plus imprévisibles. De 2014 à 2021, les années où le mildiou a résisté aux traitements classiques se sont multipliées, et dans le même temps, les rendement moyens sur certains secteurs du Muscadet ont chuté de 20% (Données InterLoire).
Ce contexte force à reconsidérer nos façons de faire :
- Le recours à la confusion sexuelle (diffusion de phéromones) pour limiter le papillon eudémis a permis de réduire l'usage d’insecticides de plus de 85 % sur certaines parcelles collectives.
- L’application de Bacillus thuringiensis, une bactérie inoffensive pour la faune, contrôle désormais efficacement la tordeuse de la grappe. Elle figure dans les solutions autorisées en bio et en conventionnel à faibles doses.
- En 2022, 45 % des traitements anti-mildiou dans la région ont intégré des alternatives à base de cuivre dosé à moins de 2 kg/ha, accompagné de fongicides naturels comme l’argile ou les extraits de prêle (« Les Vignerons Bio du Val de Loire »).