• L’été au Pallet : l’atelier permanent de la vigne

    10 mars 2026

La vigne en été : un marathon en plein soleil

Si le printemps est la saison des promesses, l’été, dans les vignes du Pallet, c’est le temps du labeur sous le soleil. C’est aussi la saison où tout peut basculer : trop de pluie, et le mildiou fait la danse ; trop sec, et la vigne resserre ses grappes. Ce sont ces jours, entre juin et août, qui façonnent le profil du millésime.

Ici, pas de repos estival. Dès fin mai, la croissance bat son plein. On surveille, on ajuste, on taille, on décide. La vigne s’emballe, et il faut être partout à la fois.

Le palissage : guide des rameaux vers la lumière

Sur nos coteaux du Pallet, le palissage, c’est la base. Les rameaux poussent frénétiquement dès les beaux jours. L’objectif ? Les maintenir droits, bien aérés, pour que la lumière circule et que les traitements, si besoin, touchent toutes les feuilles. Sinon, c’est le chaos.

Palisser, c’est attacher les rameaux entre les fils de fer. On le fait manuellement, parfois avec des agrafes biodégradables. Pour vous donner une idée :

  • Un hectare de vignes = env. 8 à 10 000 pieds de vigne
  • Chaque pied génère entre 12 et 15 rameaux à guider
  • En juin, on le refait toutes les deux semaines ! (Source IFV – Institut Français de la Vigne et du Vin)

Le bon palissage aide aussi à préparer la vigne à affronter les coups de vent, et limite les blessures qui pourraient devenir des portes d’entrée pour les maladies.

L’effeuillage : déshabiller pour mieux protéger

En été, dès la fermeture de la grappe (mi-juin à mi-juillet selon les années), on effeuille. Cela signifie enlever les feuilles qui masquent les grappes côté soleil levant. Un geste précis : trop d’effeuillage, et les baies brûlent ; pas assez, et la pourriture s’invite dès la première pluie estivale.

En pratique, on enlève la première ou la deuxième feuille sous la grappe, jamais plus. Cela permet :

  • D’assécher l’humidité autour des grappes, limitant ainsi botrytis et autres champignons (Source INFOMA – Observatoire de la Vigne)
  • D’optimiser l’exposition à la lumière, pour une maturation homogène
  • De favoriser le passage de l’air et des traitements phytosanitaires

Selon l’INRAE, un effeuillage mal fait peut entraîner jusqu’à 20% de pertes par brûlure des grappes lors d’une canicule (cas de 2019 dans le Muscadet).

La vendange en vert : sacrifier pour sauver le millésime

Un mot qui fait grincer des dents mais parfois, c’est nécessaire. Dès juin, au stade de petits pois (les baies pas plus grosses qu’un ongle), on pratique une sélection : éliminer au sécateur les grappes en excès. Ce “stress” posé à la vigne augmente la qualité des raisins restants.

  • But : homogénéiser la maturation et booster les concentrations aromatiques
  • Quantité : souvent, on enlève entre 10 à 20 % des grappes, parfois plus sur les jeunes vignes ou après un printemps généreux
  • Conséquence : moins de volume, mais plus de qualité – c’est l’éternel arbitrage

C’est parfois douloureux, mais sur des parcelles destinées à des cuvées parcellaires, la vendange en vert fait toute la différence.

La gestion du couvert végétal et l’enherbement : modérer la vigueur sans assoiffer la vigne

Depuis une dizaine d’années, nombreux sont ceux au Pallet à miser sur l’enherbement maîtrisé. En été, le sol craque sous la sécheresse, surtout sur les sols de gabbro qui drainent vite.

  • L’herbe, c’est un allié : elle concurrence la vigne, limite sa vigueur, maintient la structure du sol.
  • Mais en cas d’été très sec (comme 2022, 80 mm de pluie entre mai et août, source Météo-France), il faut soit tondre ras, soit rouler l’herbe pour éviter la concurrence hydrique excessive.

Certains alternent rangs enherbés et rangs travaillés. C’est du cousu main, selon la vigueur de la parcelle, son âge, sa réserve utile en eau. Pas de recette miracle.

Les traitements phytosanitaires : protéger sans excès

Juin et juillet sont les mois les plus à risque pour le mildiou et l’oïdium. Ici au Pallet, le climat change : printemps secs, mais parfois une nuit d’orage et tout peut arriver. Pas question de traiter à l’aveugle. On observe :

  • Stade de la vigne (avant floraison, pleine floraison, fermeture de grappe)
  • Présence d’humidité nocturne ou de rosée
  • Bulletins de vigilance locaux (source BSV - Bulletins de Santé du Végétal des Pays de la Loire)

La tendance est à la réduction des doses (produits de biocontrôle, cuivre limité, soufre en poudre), et beaucoup travaillent avec une démarche HVE ou bio. Par temps sec, la pression baisse, mais un orage peut tout relancer.

Anecdote : la pression du mildiou de 2023, très précoce, a fait perdre plus de 30% des raisins dans certains secteurs du vignoble nantais.

Le suivi des stress hydriques et thermiques

Si le Clos du Pallet bénéficie de fonds argileux capables de retenir un peu d’eau, l’été 2019 et 2022 ont marqué les esprits. Par 40°C, certains ceps ferment les stomates, suspendant la maturation.

  • L’observation des feuilles (feuilles tombantes, bords recourbés) est un premier indicateur
  • Des sondes tensiométriques sont installées chez certains vignerons pour mesurer la réserve utile (seuil de stress autour de -600 hPa en Muscadet, source Chambre d’Agriculture 44)
  • Arroser ? Ca reste tabou sauf plantation récente ou greffés tardivement

Les stratégies s’affinent chaque année : paillage sous le rang, gestion du couvert, choix de porte-greffes plus profonds. Mais en été, c’est surtout la météo qui dicte sa loi.

L’observation sanitaire et la lutte contre les ravageurs

L’été, on est aux aguets : symptômes de black-rot, cicadelles vertes, ou grappe pourrie à cause d’un orage violent. C’est la saison où la réalité du terrain prime sur les manuels.

  • Piégeage et observation visuelle régulière (2 à 3 fois par semaine sur les parcelles sensibles)
  • Interventions localisées (ex : confusion sexuelle contre eudémis ou cochylis)
  • Gain de temps et d’efficacité, car on intervient uniquement là où il y en a réellement besoin

Ici, certains vieux domaines pratiquent la confusion depuis 20 ans sur le Melon, avec des résultats concrets : moins de traitements insecticides, zéro résidu en bout de chaîne.

L’été, une fabrique de choix… et de doutes

L’été au Pallet, c’est une séquence où chaque geste compte. On ajuste en permanence : pas de cahier des charges rigide, mais une adaptation au réel, à la météo, au potentiel de la parcelle. La main de l’homme façonne le millésime, en concert avec le ciel et la terre. La vigne raconte tout : sa vigueur, ses excès, et ses faiblesses. Les travaux viticoles d’été, c’est donc un équilibre subtil, qui ne laisse pas le droit à l’erreur. Ils signent la personnalité du vin qui viendra, et montrent à quel point, dans le vignoble nantais, l’été n’est jamais une période creuse.

Sources

  • IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin), Fiches pratiques palissage et effeuillage
  • INRAE, Observatoire Vignes & Raisins
  • Bulletin de Santé du Végétal Pays de la Loire, 2022-2023
  • Météo-France, climatologie du vignoble nantais
  • Chambre d’Agriculture Loire-Atlantique

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