• Du pissenlit à la prêle : cinq plantes clés utilisées en biodynamie par les vignerons du Pallet

    21 juin 2026

1. La prêle des champs (Equisetum arvense)

Celle-là, on la croise au fossé, près des ruisseaux — un vrai caméléon. Mais en biodynamie, elle ne traîne pas pour rien. La prêle, c’est la plante anti-mildiou par excellence. Les anciens la connaissent pour ses vertus fortifiantes. Pourquoi tous ces éloges ?

  • Riche en silice : Ce minéral renforce les tissus des plantes. Sur la vigne, ça veut dire une cuticule plus dure, donc des feuilles moins attaquées par les maladies fongiques (source : Biodyvin).
  • Utilisation en décoction : Les tiges sont séchées, puis bouillies longuement. On pulvérise ensuite sur la vigne, surtout au printemps.
  • Effets constatés : Les vignerons locaux parlent d’une vigueur retrouvée et d’un feuillage plus résistant aux excès d’humidité. Certains domaines mélangent aussi la prêle à d’autres préparations, histoire de booster la synergie des traitements.
  • Fréquence : On compte 2 à 5 passages par campagne, selon la pression fongique. En 2021, une année très humide, certains ont pulvérisé jusqu’à 7 fois.

2. L’ortie (Urtica dioica)

On l’arrache, on la craint, mais en biodynamie, on en fait une alliée précieuse. L’ortie pousse facilement sur les sols vivants, c’est déjà un signe, et quand elle s’invite dans nos traitements, elle fait forte impression.

  • Riche en azote, fer, oligoéléments : Elle donne un vrai coup de fouet à la vigne.
  • Purins et tisanes : Les purins d’ortie stimulent la croissance, renforcent la plante, et aident à se remettre d’un coup de froid ou d’un stress hydrique (source : France Inter).
  • Stimulation de la vie du sol : Incorporée au compost, l’ortie accélère sa décomposition et enrichit le sol en petites bestioles utiles.
  • Dose et périodes : En général, 1 litre de purin dilué dans 9 litres d’eau, pulvérisé au démarrage de la végétation et au moment des premiers traitements. On évite les fortes chaleurs pour ne pas “brûler” les feuilles.

3. La camomille matricaire (Matricaria chamomilla)

Elle sent bon l’infusion, elle apaise aussi bien la vigne que les vignerons. Celle qu’on appelle la camomille matricaire tient une place à part en biodynamie, souvent intégrée dans les préparations “502” de Maria Thun.

  • Favorise la décomposition : La camomille permet de mieux digérer les éléments organiques dans le compost, ce qui augmente la qualité des sols.
  • Effet régulateur : Son impact se fait sentir sur la vigueur de la vigne : ni trop, ni pas assez.
  • Utilisation concrète : Les fleurs séchées sont intégrées dans le compost de ferme, souvent enveloppées dans de la peau d’intestin de vache selon la méthode Steiner (source : Demeter France).
  • Peu d’apports directs : Son rôle est moins d’être pulvérisée, plus d’agir en profondeur, via la matière organique et la vitalité des sols.

4. Le pissenlit (Taraxacum officinale)

Le pissenlit, c’est une fleur d’enfance, mais ici, c’est surtout une plante qui raconte le printemps. En biodynamie, elle s’invite dans nos composts et nos extraits fermentés, à grands renforts de potassium et d’oligoéléments.

  • Stimule l’absorption : Avec son réseau racinaire profond, le pissenlit capte ce que la vigne ne trouve pas en surface. Dans le sol, ça aide à la disponibilité des nutriments.
  • Préparation “506” : Les fleurs sont fermentées dans une vessie de bœuf, puis intégrées au compost (source : “Le Guide de la Biodynamie” - FNAB).
  • Souplesse d’utilisation : Certains vignerons testent désormais des infusions foliaires pour stimuler la floraison et limiter le stress physiologique de la vigne. C’est plus marginal mais donne parfois de vrais résultats.
Plante Partie utilisée Usages principaux Moment d’intervention
Prêle Tiges aériennes Décoctions anti-mildiou Début à mi-printemps
Ortie Feuilles Purin stimulant, compost Débourrement, reprise d’activité
Camomille Fleurs Compost, régulation Mélange au compost, printemps
Pissenlit Fleurs, racines Compost, infusion Printemps, compost
Achillée Fleurs Compost, stimulation plante Printemps-été, compost

5. L’achillée millefeuille (Achillea millefolium)

Derrière ce nom un brin poétique, se cache une plante aussi aérienne que robuste. On la trouve au pied des vignes, parfois oubliée, mais en biodynamie, elle rejoint très vite notre cercle restreint de plantes clés.

  • Puissante sur les oligoéléments : L’achillée concentre cuivre, potassium, magnésium.
  • Préparation “502” : Les capitules d’achillée sont placés dans une vessie de cerf (si, si – c’est Steiner qui le voulait) et enterrés plusieurs mois avant d’enrichir le compost (source : Biodynamie Services).
  • Effet sur la santé du sol : Elle favorise la montée des micro-organismes, accélère l’humification et renforce la résistance générale des cultures.
  • Quelques essais localement : Depuis deux ou trois ans, on tente des pulvérisations foliaires à l’achillée sur les jeunes plantations, pour booster le système immunitaire des pieds les plus jeunes.

Parole de terrain : astuces et réflexes locaux

Dans les vignes du Pallet, la biodynamie c’est moins un dogme qu’une panoplie d’outils dont on se sert en fonction des années, de la météo, de l’état de la vigne. Certains préfèrent des préparations maison, d’autres achètent leurs extraits chez des producteurs spécialisés (on pense à l’herboristerie du Val Nantais). Ce qui ressort, c’est ce goût pour l’expérimentation, la comparaison entre ce qu’on lit et ce qu’on constate, parfois après plusieurs campaigns.

  • Le séchage des plantes se fait souvent à l’ancienne, dans de vieux greniers bien ventilés. On prête attention à l’hygrométrie, une plante humide n’a aucun pouvoir.
  • Les meilleures cueillettes se font entre 10h et 16h, quand les plantes sont riches en principes actifs.
  • L’association avec des huiles essentielles s’expérimente : pour la conservation des purins d’ortie ou la stimulation de certaines préparations, la menthe poivrée ou la lavande donnent des résultats intéressants.

À l’épreuve du temps et du climat

Si on observe bien, les cinq plantes citées plus haut sont autant de manières de rentrer en dialogue avec la vigne et son environnement. Certaines années leur action est nette, d’autres moins visible — c’est le jeu du vivant. Aujourd’hui, l’INRAE, la FNAB ou le réseau des vignerons en biodynamie multiplient les essais sur les effets de ces pratiques (voir INRAE ou FNAB). Ce qui est sûr, c’est que la diversité de ces usages crée des vignes plus résilientes, des sols plus vivants, et parfois, des vins qui ont vraiment la gueule du terroir.

Et si chacun adapte la recette, le terrain dicte toujours sa loi. Demain, d’autres plantes rejoindront peut-être la liste : consoude, ail, bourrache… C’est la force de la biodynamie : on apprend encore et toujours, à l’écoute des changements du climat, des cycles lunaires, et de ce que la vigne, dans le silence des matins du Pallet, veut bien nous souffler.


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