Pourquoi tant de mains sur certaines parcelles du Pallet ?
Des parcelles qui n’acceptent aucune “machine”
Il y a, au Pallet, ce que l’on appelle des “vieilles dames” : des vignes dont la plantation date parfois d’avant les années 70. Ce sont elles surtout, les têtues, qui imposent une approche humaine car :
- Les ceps sont de formes irrégulières, souvent marquées par de précédents accidents : gel, taille malheureuse, etc.
- Leur architecture à faible hauteur ou en gobelet se prête mal à l’intervention d’un appareil.
- Leur potentiel qualitatif (Millésime 2018 ou 2022 sur de vieilles parcelles de Melon de Bourgogne, chiffres Interloire) pousse à la moindre erreur.
Une machine, même la plus précise, n’a pas l’œil pour distinguer la pousse porteuse d’avenir de celle qui handicape le cep pour la saison. Là, le doigté est irremplaçable.
Le choix de la précision à l’excès
Côté rendement, il est démontré (sources : IFV, Arvalis, Chambres d’Agriculture) qu’un ébourgeonnage manuel permet de réguler plus finement la charge, en choisissant à la fois le nombre et la position des futurs rameaux porteurs de grappes.
- Un ébourgeonnage trop sévère mechanisé peut entraîner un stress inutile à la plante, voire des manques de grappes l’année suivante, particulièrement sur Melon de Bourgogne.
- À l’inverse, un manque de sélectivité laisse place à la surproduction, ce qui risque de diluer les arômes – une problématique bien documentée dans la région nantaise (source : INAO, “Climats et rendements à l’heure du réchauffement”, 2021).
En 2021, une étude de l’IFV a montré que le rendement du Muscadet, toutes parcelles confondues, variait de 45 à 65 hL/ha, mais qu’un ébourgeonnage manuel bien maitrisé sur des parcelles exigeantes permettait d’optimiser la qualité des raisins sur des rendements maîtrisés de 50-55 hL/ha, la cible idéale pour certains crus.
Un rapport à la maladie différent
Dans le vignoble nantais, l’humidité est reine un peu trop souvent au goût des vignerons. Les maladies fongiques, c’est le vrai casse-tête du printemps. Un ébourgeonnage manuel permet :
- D’améliorer sensiblement la circulation de l’air, donc la sécheresse des grappes (rapports Chambre d’Agriculture Pays de la Loire, 2022).
- De limiter l’usage des produits phytosanitaires, en prévention (baisse moyenne de 0,5 à 1 passage annuel observée depuis 2015 sur certaines parcelles suivies).
- D’observer la vigne de très près, d’anticiper un début de maladie avant qu’elle ne s’étende.
Ce bilan sanitaire est impossible à égaler sur les parcelles mécanisées uniquement, même avec les outils les plus récents.