• Dégâts de vers de la grappe : Ce qu’on repère, comment on l’affronte au Pallet

    6 février 2026

Observer, flairer, agir : la lutte sur le terrain

Ici, dans le vignoble du Pallet, il y a une bête que personne n’invite : le vers de la grappe. Derrière ce nom commun, deux espèces se cachent : l’eudémis (Lobesia botrana) et la cochylis (Eupoecilia ambiguella). La première fois qu’on entend parler de ce ravageur, ça sonne comme une fable, mais pour nous, il s’agit bel et bien d’une réalité bien concrète à chaque saison.

Les vers de la grappe, ce sont des petits papillons discrets dont les chenilles s’installent dans nos grappes dès la floraison, parfois même avant, et peuvent revenir en plusieurs générations par an. Chaque passage laisse des traces, parfois subtiles, parfois catastrophiques : baies perforées, pourriture, chutes de rendement… Bref, de quoi donner quelques sueurs froides, surtout en années humides.

Les premiers indices : fouiller, sentir, soupeser

Avant que la vigne ne s’exprime clairement, il faut savoir décoder ses murmures. Identifier les dégâts des vers de la grappe commence souvent par une histoire de regards affutés et d’habitude du terrain. Voici ce qu’on guette en routine, en début et en cours de saison :

  • Les glomérules : ce sont ces petits morceaux de fil, style toile d’araignée, mélangés à des fragments de baies ou de restes floraux. Les chenilles tissent ces cocons dans les grappes, et pour les yeux aguerris, c’est déjà un signe d’intrusion.
  • Baies perforées ou percées : une baie qui suinte ou qui semble crevée alors que tout le reste du rang est sain, ça interpelle. En décortiquant une grappe touchée, on peut parfois surprendre la chenille en plein repas.
  • Présence de déjections : à la loupe, ou même à l’œil nu, on repère ces petits grains noirs, restes de l’activité de la chenille à l’intérieur des baies.
  • Installation de pourriture grise : rien que le passage du ver suffit à ouvrir la porte au botrytis, la fameuse « pourriture grise » redoutée, surtout juste avant les vendanges.

Savoir lire son historique : chaque parcelle a sa mémoire

On ne travaille jamais à l’aveugle. Les dégâts du ver de la grappe, on les anticipe aussi avec la mémoire des parcelles. Certains secteurs sont plus sensibles : des vignes en bord de haies, proches de points d’eau, ou sur des cépages affinés comme le melon B, pilier du Muscadet. Ici, au Pallet, un suivi de la pression est parfois consigné sur plusieurs années, ce qui permet d’ajuster les repérages au fil des années.

Selon l’IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin), une infestation peut entraîner une perte de rendement allant de 5 à 20% (source : vignevin.com), voire davantage si la pression est couplée à des épisodes de pluie. D’après les relevés du Pallet en 2018 et 2020, certaines parcelles avaient vu un taux de grappes infestées de plus de 30% lors de ces millésimes compliqués.

Outils et techniques au quotidien

Ce que la nature raconte… et ce qu’on mesure

  • Piégeage sexuel : on utilise des pièges à phéromones, sortes de petites tentes posées dans les rangs, pour capturer les papillons mâles. Le nombre de captures donne une tendance sur la dynamique du vol de papillons : un pic d’envol = une alerte pour surveiller l’éclosion des œufs.
  • Observation sur rameaux : lors de la première génération (autour de la floraison), on surveille non seulement les grappes, mais aussi les inflorescences. Une attaque précoce peut entraîner la perte directe des futures grappes.
  • Comptages réguliers : c’est du manuel : on prélève un échantillon de grappes (souvent une centaine par parcelle), et on note le nombre de grappes touchées, le nombre de baies perforées, la présence ou non de glomérules. On y va feuille à feuille, grappe à grappe.
  • Applications d’aide à la décision : aujourd’hui, au Pallet, certains utilisent des outils numériques, comme Optiprotect (source : Optiprotect) ou VitiMeteo, pour anticiper la sortie des générations et croiser ça avec les observations terrain.

Tableau récapitulatif des signes de présence

Signe observé Période Espèce concernée
Glomérule au sein des inflorescences ou grappes Floraison à nouaison Eudémis, cochylis
Baies percées ou perforées Nouaison à véraison Eudémis, cochylis
Petites chenilles beige-rose ou jaunâtres Toute la saison, selon génération Eudémis, cochylis
Déjections sombres sur la grappe Peu de temps après l’éclosion Eudémis, cochylis
Pourriture grise apparaissant en foyer Fin de saison, surtout humides Conséquence indirecte

Petites histoires et anecdotes du Pallet

Il y a quelques années, lors d’un été particulièrement sec, on avait failli laisser filer la deuxième génération d’eudémis. Les papillons étaient moins attirés par les pièges, probablement à cause de la chaleur intense. On l’a compris trop tard : les quelques chenilles qu’on n’a pas immédiatement vues se sont multipliées et, début septembre, certains muscadets affichaient ces fameuses traces brunes sur les baies. Un collègue avait compté jusqu’à 8% de ses grappes marquées… Ce genre de mésaventure marque, et depuis, on double de vigilance sur les passages de l’été.

Facteurs aggravants et contexte local

  • Le climat du Pallet : Douceur, humidité au printemps, puis chaleur modérée à la maturation, c’est un environnement parfait pour la succession des générations de papillons.
  • Diversité des cépages : Même si le melon B domine, quelques parcelles de cabernet, gamay ou folle blanche, plus sensibles à la pourriture secondaire, obligent à une vigilance accrue.
  • Forte présence de bois morts et haies : Autant elles sont précieuses pour la biodiversité, autant elles servent parfois de refuge aux papillons l’hiver, d’où l’intérêt d’un entretien maîtrisé.

L’après-détection : ce qu’on fait après avoir identifié les dégâts

Identifier, c’est bien. Mais la vraie pression, c’est ce qui vient juste après : comment répondre à l’attaque ? Si la présence des vers est avérée, on ne dégaine pas forcément tout l’arsenal. Au Pallet, la majorité des interventions visent à limiter le développement du ravageur dans une démarche la plus raisonnée possible. Quelques pistes courantes :

  1. Utilisation de Bacillus thuringiensis : une bactérie inoffensive pour l’homme et la vigne, mais redoutable contre les larves (source : ITAB).
  2. Confusion sexuelle : dispersion de phéromones qui “noyent” le message des femelles, empêchant l’accouplement.
  3. Gestion du feuillage : une aération accrue diminue le microclimat favorable aux chenilles et à la pourriture.
  4. Observations renforcées : on multiplie les passages le long des rangs jusqu’à la véraison.

Une bataille locale, année après année

Identifier les dégâts des vers de la grappe, ici, c’est de la vigilance têtue et de la science embarquée dans les bottes. Chaque saison renouvelle le défi, avec des attaques qui varient selon le temps, la pression des années passées, la diversité des cépages plantés. Les outils évoluent, les gestes changent, mais au bout du rang, c’est toujours la même règle : ce sont les petits détails qui font la différence à la récolte.

Pour approfondir, des ressources comme l’IFV ou le Bulletin de Santé du Végétal Pays de la Loire restent des appuis précieux. Mais rien ne remplace la force du collectif et la souplesse de l’expérience partagée entre voisins de rangs, ici, au Pallet.


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